La constance de la répression et de la violence exercées par les soi-disant représentants des forces de l’ordre et de la paix fait partie intégrante de l’histoire et du présent du peuple mapuche sur le territoire du Wallmapu (Chili). Il suffit de reculer en 1860, au début du génocide des états chilien et argentin contre les Mapuche, qui possédaient encore leur autonomie et le contrôle des terres, gagnés suite à une guerre sanglante contre l’impérialisme espagnol. Ces états, appuyés par leurs armées équipées d’armement moderne, ont engendré un véritable massacre contre les Mapuche, qui n’ont pas eu d’autres choix que de fuir ou de mourir en combattant.
En 1881 a commencé à s’organiser la police rurale, prise en charge par le mercenaire italien Hernán Trizano. Accompagné d’un groupe de policiers, il a semé la terreur dans les communautés mapuche avec le prétexte d’établir « la paix sur les terres récemment colonisées » et par le fait même, d’offrir aux colons européens la tranquillité nécessaire à l’exploitation des terres volées. Mais en réalité, d’atroces crimes ont été commis contre les mapuche, les dépouillant ainsi de leurs terres et de leur pain. C’est à partir de ce moment qu’est apparue l’organisation paramilitaire d’agriculteurs de la 9ième région de l’Auracania, qui porte aujourd’hui le même nom : « Trizano ».
Ainsi, pendant l’occupation du territoire mapuche par l’état chilien, réalisée conjointement avec d’innombrables unités militaires et policières, la mort et la disparition de millier de personnes, entre autre lors du soulèvement de Rankil en 1934, pendant la réforme agraire (1960 à 1973) et aussi pendant la dictature de Pinochet, continuèrent de semer la terreur sur le peuple.
Aujourd’hui, les agriculteurs descendants des colons européens, en collaboration avec les cruels chiens de garde du capitalisme qui sont présents sur le territoire mapuche au travers des entreprises forestières et hydroélectriques, de la pêche, des construction d’autoroutes modernes et des les complexes touristiques, jappent plus fort que jamais parce que le peuple mapuche est en processus de rupture anticapitaliste et qu’il mène une lutte politique et territoriale. C’est pour cela que la répression et la brutalité exercées par les agents de l’état se fait de manière plus latente. Ce n’est pas une nouveauté qu’au Chili, comme dans n’importe quel pays doté d’un gouvernement néolibéral, les policiers et les militaires sont présents pour protéger les intérêts capitalistes et réprimer quiconque s’oppose par les idées et les actions, les qualifiant d’ennemis de l’état et de terroristes.
C’est pourquoi aujourd’hui l’état chilien considère les Mapuche, plus particulièrement le mouvement autonomiste de récupération des terres et de contrôle territorial, comme des ennemis. Conséquemment, les gouvernements en place ont appliqué des législations spéciales, comme la loi anti-terroriste sur les LONKO (rôle majeur dans la communauté) et des Mapuche de différentes communautés, entraînant des condamnations sévères et exagérées. Tout cela est accompagné d’une continuelle militarisation des carabineros (police militaire) dans les communautés en conflit. Les policiers harcèlent des personnes âgées et des enfants Mapuche avec l’intention claire de provoquer des conflits et ainsi justifier leur présence. Des perquisitions brutales et souvent illégales ont lieu, pendant lesquelles non seulement ils frappent les détenus Mapuche, mais ils détruisent leurs résidences et lancent constamment des propos racistes.
La communauté est constamment envahie par des véhicules blindés des forces spéciales et par des carabineros lourdement armés ayant l’objectif de protéger la propriété du colon de descendance suisse, René Urbain, et de rechercher des Mapuche clandestins qui ont refusé de se présenter devant les injustes tribunaux chiliens.
Depuis le début du conflit mapuche avec l’incendie de camions d’entreprises forestières dans le secteur de Lumaco en 1997, les carabineros et la police civile ont commis divers délits graves allant de la torture aux menaces, incluant des assassinats.
Les exemples sont nombreux, un des plus frappant est celui de la communauté Ignacio Queipul, du secteur Temucuicuim, qui a subi plus de dix-huit descentes policières et perquisitions violentes l’an passé. Il faut souligner le cas atroce d’un enfant de quatorze ans qui a été atteint au dos par un grand nombre de balles de plomb tirées par un policier pendant qu’il gardait son bétail. Aussi, le jeune Alex Lemun, dix-sept ans, a été abattu par plusieurs balles d’acier à la tête le 7 novembre 2002, tirées par un officier des carabineros lorsque les Mapuche tentaient de récupérer des terres volées par la multinationale forestière MININCO dans le Fundo Santa Alicia. L’officier assassin n’a toujours pas été puni, au contraire, il a été promu.
Un autre grave cas est celui de l’assassinat d’un autre jeune Mapuche, Matias Catrileo, le 3 janvier de cette année lorsque lui et ses compagnons effectuaient une récupération de terres dans le Fundo Santa Margarita, usurpé par le colon suisse Jorge Luschinger. Il a été tué d’une balle de mitraillette dans le dos, tirée par un policier des forces spéciales qui gardait la propriété avec un ordre judiciaire. En ce moment, le policier est en liberté et toujours en service.
Un grand problème, c’est qu’au Chili, les fonctionnaires, les carabineros et la police civile ne sont pas jugés par des tribunaux civils, mais par des tribunaux militaires. Les cas sont pris en charge par un fiscal militaire et la plus haute instance est la Cour Martiale, composée de militaires. Elle se caractérise par son manque de transparence et son impartialité. Le Chili est l’un des rares pays où des civils sont jugés par des militaires, les garanties de justice sont donc pratiquement nulles. Cet organe fonctionne lorsque un civil agresse verbalement ou physiquement des militaires ou des policiers. La plupart du temps, les policiers et les militaires sont presque intouchables et détiennent l’impunité pour continuer à commettre leurs crimes.
L’état chilien fonctionne ainsi, il protége la propriété privée en participant au pillage des terres et met à la disposition des policiers criminels tous les recours légaux afin de les protéger. La coutume qui est de tuer et de faire disparaître les « insoumis » reste encore aujourd’hui dans la mentalité de ceux qui doivent s’occuper de l’ordre et la paix. C’est pourquoi nous accordons beaucoup d’importance à la pression et la dénonciation internationales des pantins du gouvernement chilien. Le peuple Mapuche, ici au Walmapu, avec les frères et sœurs solidaires d’ailleurs, doivent condamner ces terroristes d’état qui circulent ici librement.
Par Klandestino